PAC collective ou unités en façade : laquelle s’entend le plus ?

PAC collective ou unités en façade : laquelle s'entend le plus ?

Une copropriété qui veut remplacer sa chaudière collective peut hésiter entre deux voies : une pompe à chaleur collective, installée à un seul endroit de l’immeuble, ou des unités individuelles posées par chaque copropriétaire, en façade ou sur les balcons. Sur la question du bruit, l’intuition penche pour la seconde. De petites machines, plus discrètes une à une, plutôt qu’un gros appareil : le choix paraît évident. Le calcul acoustique, et plus encore la géométrie d’une façade, mènent à une conclusion moins simple.

Additionner des décibels, ou pourquoi l’intuition se trompe

Les décibels ne s’additionnent pas comme des kilos. Deux sources identiques ne font pas deux fois plus de bruit qu’une seule, elles ajoutent environ 3 dB. Dix sources identiques ajoutent environ 10 dB. Deux machines qui produisent chacune 30 dB en un point donnent donc 33 dB, et non 60.

Cette règle semble donner raison aux partisans des unités individuelles. Elle cache pourtant deux pièges. D’abord, 10 dB de plus, c’est beaucoup à l’échelle d’une pratique de conception qui raisonne, la nuit, sur des écarts de 3 dB(A). Ensuite, le calcul suppose que toutes les sources se trouvent à la même distance de l’oreille, ce qui n’est pas le cas sur une façade. Pour une fenêtre donnée, c’est en général l’unité la plus proche qui domine, les autres venant s’y ajouter en fond.

Prenons une façade sur laquelle sont accrochées huit unités individuelles, réparties sur quatre étages. Pour la chambre du troisième, l’unité du voisin de palier se trouve à deux mètres ; les autres sont bien plus loin. Or, en champ libre, une source deux fois plus éloignée arrive environ 6 dB plus bas, et ne change plus grand-chose au total. Le niveau que subit cette chambre dépend d’abord d’une seule machine, celle que personne n’a placée en pensant à elle.

En façade, chaque machine a sa fenêtre voisine

Le vrai handicap des unités individuelles tient à leur position. Chacune est fixée contre un mur, ce qui ajoute environ 3 dB au niveau rayonné, parfois dans l’angle d’un balcon ou d’une loggia, où le supplément monte à environ 6 dB. Elle se trouve à quelques mètres de la fenêtre d’un voisin, au-dessus, en dessous ou à côté, c’est-à-dire là où chaque mètre gagné compterait et où la façade n’en offre justement aucun. L’été accentue le problème si les unités servent aussi à rafraîchir : lors d’une nuit chaude, beaucoup tournent en même temps, alors que les fenêtres sont ouvertes.

S’ajoute un problème d’organisation. Dans une solution individuelle, chacun choisit l’emplacement qui l’arrange, la machine qu’il préfère et l’installateur qu’il trouve. Personne n’étudie l’ensemble. Les nuisances se règlent ensuite de voisin à voisin, et la copropriété découvre le cumul une fois toutes les unités posées, quand il n’y a plus grand-chose à déplacer. Rien n’empêche, bien sûr, de choisir une unité bien conçue et de la poser avec soin, mais la qualité de sa propre installation ne protège pas de celle du voisin. L’entretien suit la même logique : certaines unités seront suivies, d’autres non, et une seule machine aux supports fatigués suffit à gâcher les nuits de toute une colonne de logements.

Les unités murales ont un autre défaut, moins visible. Fixées sur des consoles, elles transmettent leurs vibrations directement à la façade, donc aux murs des logements. Le bruit solidien qui en résulte s’entend fenêtres fermées, chez le propriétaire comme chez ses voisins. Une machine collective posée sur un socle désolidarisé, avec plots antivibratiles et liaisons souples, échappe plus facilement à ce travers.

La machine collective n’est pas discrète par nature

Il serait faux d’en conclure qu’une pompe à chaleur collective est silencieuse d’office. Une machine qui chauffe tout un immeuble émet en général davantage qu’une petite unité, et, mal placée, au fond d’une cour fermée par exemple, elle peut faire pire que plusieurs petites. La réverbération entre façades accentue alors le niveau, et la nuit, quand le bruit résiduel baisse, la même machine ressort bien plus nettement qu’en plein après-midi.

Son avantage est ailleurs : il n’y a qu’un emplacement à étudier, et l’on peut lui consacrer des moyens que personne ne mettrait sur vingt unités dispersées, faute de place sur les balcons autant que de coordination. Choix de l’endroit le plus éloigné des fenêtres, orientation du refoulement, écran ou caisson acoustique, socle et plots antivibratiles, liaisons souples, réglages de fonctionnement nocturne : tout cela se conçoit une fois, se vérifie une fois et s’entretient dans un seul contrat. Le bureau d’études Pari Froid Solutions rappelle d’ailleurs, dans ce dossier consacré au bruit des pompes à chaleur collectives, que la réputation bruyante de ces équipements vient surtout d’anciennes générations de machines et d’installations individuelles mal conçues.

Ce qui fait pencher la balance dans un immeuble ancien

Dans un immeuble dense, avec cour et façades rapprochées, la solution centralisée garde donc un net avantage, à une condition : que son emplacement soit choisi pour l’acoustique et pas seulement pour la place disponible. Les unités individuelles peuvent convenir dans des configurations plus aérées, avec peu de logements et de bonnes distances entre les fenêtres. Leur cumul devient en revanche difficile à maîtriser dès que les lots se multiplient autour d’une même cour. La solution collective est aussi la seule des deux pour laquelle une étude acoustique, menée avant les travaux, peut fixer l’implantation pour tout l’immeuble.

Si votre immeuble compte déjà quelques unités individuelles en façade, faites-les recenser avant toute étude. Elles font aujourd’hui partie du bruit résiduel : si le projet collectif prévoit de les déposer, l’étude doit raisonner sur un immeuble plus calme qu’il ne l’est actuellement, donc plus exigeant pour la future machine.